Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Soir lointain

Soir lointain

 

Un soir d'avril ancien, tout frémissant de roses,

Un soir bleu, caressé par d'invisibles choses,

Je lui donnai ma bouche, et ce fut, ce baiser,

Comme un aveu du ciel que je venais d'oser!

Les étoiles tremblaient au fond du ciel immense,

A joutant leur accord au plain-chant du silence.

Qu'avais-je en moi pour m'émouvoir si puissamment?

Je regardais ses yeux, ses yeux profonds d'amant

Que la nuit emplissait d'un bleu presque magique,

Et que l'amour voilait d'une ombre maléfique...

J'aurais voulu pleurer d'angoisse et de bonheur

Quand j'y vis affluer lentement tout son coeur.

Que ne m'emportas-tu, ce soir fou de tendresse!

Nous eussions fait chanter bien haut notre jeunesse

Et, par de telles nuits, frémissants, éperdus,

Quels chants n'eussions-nous pas, dans nos coeurs, entendus?

Ton souvenir, depuis, a dominé ma vie,

Mon coeur bat, mesurant sa peine à sa folie;

J'ai vécu, mais, hélas! je n'ai rien oublié,

Ton coeur est mort sans un sanglot, - moi, j'ai crié!

 

Variations sur un même thème (Le jardin des Dieux, 1908)



31/01/2013
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