Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

En mer

En mer

 

Vous ai-je dit qu'il fait démesurément calme,

Malgré le vent, malgré la vie et malgré Dieu?

L'absence, sur la mer, a comme un goût de palme,

Et que l'heure est jalouse. On saigne, mais si peu.

 

C'est un enfoncement perpétuel et triste

Dans une eau qui charrie une force et qui court

Au-devant des soleils, sous un ciel qui persiste,

C'est l'horizon levant sa face vers le jour.

 

La beauté qu'on devine a dépassé l'attente,

Le pays vierge s'offre avec un abandon.

Pourtant tout est semblable et le présent vous tente,

La joie est neuve et la clarté n'a fait qu'un bond.

 

Les possédés n'ont pas d'escale, et pour survivre

Il nous faut l'atmosphère étrange que voilà:

Un pont chargé d'odeurs parmi la fumée ivre,

Cet océan qui boite et qui nous emporta.

 

Dans le tohu-bohu des chaudières, notre âme!

Et quel apaisement forcené. l'eau vous prend,

Vous encercle et vous pousse, et le soleil qui rame

Fait émerger l'espoir ainsi qu'un continent.

 

Je vous dis qu'il fait jeune en dépit des secondes;

Je suis partie avec ce ciel contre ma peau,

Et c'est nous deux qui refaisons le tour du monde,

Sans amour, rien qu'avec ça: le silence et l'eau.

 

La croix de sable, 1927.



17/12/2012
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