Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

O vieux coeur dénudé

O vieux coeur dénudé

 

J'accepte de pourrir, les deux ailes en croix,

Mais en travers du ciel, face à ma solitude;

Et mesurant ma force au soleil qui décroît,

Mon immobilité n'ayant pour certitude

 

Que ce mirage, ouvrant mes yeux intérieurs,

Je veux entendre battre, au-delà du silence,

La grande hélice d'or des instant voyageurs,

Et suivre cette courbe où l'esprit se balance.

 

O vieux coeur dénudé qu'étoile le désir,

On dirait que l'espace a creusé ma litière,

Et je vais, soulevant d'un geste de fakir,

Le satin lumineux des mondes en poussière.

 

Mon front vierge a gardé la courbure des nuits,

Le large a balayé la rive où je m'ensable;

Et si l'éternité, sous mes prunelles, luit,

C'est que mon rêve, avec son orbe insaisissable,

 

En s'arrêtant vers Dieu, dut contempler un jour,

Sur l'écran sans limite, où nos ailes débordent,

L'ombre démesurée et triste de l'amour;

Et me voici face aux grand'plaines qui s'abordent.

 

Ai-je dormi cent ans sur les arches du ciel,

Suis-je donc éveillée ou poursuivrais-je encore

Cette muraille bleue au contour irréel?

En refermant mes bras sur l'invisible aurore,

 

Retrouverai-je, un jour, dans l'abîme enchanteur,

Sous l'amoncellement des siècles, le rivage

Où la mort doit garder, ainsi qu'un oieleur,

Le soleil que tout homme emporte dans sa cage.

 

La croix de sable, 1927



12/12/2012
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