Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

A un pauvre

A un pauvre

 

Sèche tes os contre mes os, respire et mange.

Ne sois qu'un ventre où du soleil s'est engouffré.

Réfléchir? quand le vin, avec sa trogne d'ange,

Vient de balayer l'ombre où nous allions entrer?

 

Etends-toi vers la flamme et rêve, le dos cuit.

Comme ce pain qui fume et que le feu boursoufle.

Homme, nous voici seuls en face de la nuit;

Les volets et le vent ont retenu leur souffle,

 

Cette chose qui grince est un cadeau de bois

Qu'alternativement balancent les secondes;

N'interromps pas cette heure, hume l'automne, bois,

Le soir va s'élargir jusqu'à crever ses ondes.

 

Encore une gorgée, hausse-toi jusqu'à Dieu.

Le cerveau qui s'endort est comme un promontoire

Déterminant le point exact et lumineux

Où l'esprit naugragé sent buter la mémoire.

 

Accrochons-nous à la clarté qui nous soulève,

Le silence qui fume a balayé le soir,

L'aperçois-tu qui se déroule au fond du rêve?

Les démons de l'espace, ici, peuvent s'asseoir,

 

Je pousserai vers eux mes escabeaux de joie,

Et leur montrant la face énorme des instants,

Je lèverai, comme un soleil qui se déploie,

Ma coupe d'or fluide où tremble le néant.

 

La croix de sable, 1927.



13/12/2012
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