Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Ain-El-Hout

Ain-EL-Hout

 

               Des piliers blancs,

Un arbre, la mosquée, une cour. J'y suis presque.

Un soleil de sultan a nivelé la terre;

     L'ombre brûle. Je regarde. J'attends

La seconde où mon coeur mêlera sa lumière

             A ce bijou moresque.

 

Et la fontaine est là, dans sa gaine de pierre,

Avec son eau arabe et ses poissons sacrés.

Aïn-el-Hoût! Idris! est-ilvrai, est-il vrai

Qu'une princesse dort sous ces dalles légères?

 

La légende dit-elle à qui tu t'es donnée?

   Quelque maure aux yeux bleus sans doute?

Ce devait être ici, car la fontaine écoute;

Réponds-nous, grande fleur, ô belle impardonnée.

 

Portais-tu dans tes bras l'amphore du silence?

Tes pieds nus tremblaient-ils en effleurant le soir?

Je devine, en brisant cette eau comme un miroir,

La courbe de tes reins, cette chose qui danse.

 

    Pour moi, pour moi seule, entends-tu,

Tu remettras demain ta robe de gazelle,

             Et tes seins seront nus.

                    Je te veux belle,

Comme si tu marchais au-devant de la mort.

 

Je sellerai pour toi mon cheval le plus fier,

        J'aurai mes bottes de caïde

               Et ma cravache d'or.

Mon âme sera là dans un coffre de fer.

Et quand j'avancerai, serrant sous mon haïk

 

Mon couteau plein de sable et le coeur de ma mère,

Tu riras, je le veux, tu riras, m'entends-tu,

Afin que le silence et tout ce qui est tû

Me drapent à jamais dans leur manteau de terre.

 

Les Versets du Soleil, 1921.



05/10/2012
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