Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

L'illimité

L'illimité

 

Vraiment, a-t-on créé l'espace et sa voilure

Pour que l'angoisse et l'homme, en naviguant de front,

Ne puissent découvrir, par une déchirure,

Ce qui bouge au delà des sphères qui naîtront?

 

Silence éblouissant qu'accélère le vide,

C'est par de telles nuits qu'on a mal. Est-ce moi,

Cette chose qui n'a que des yeux? Quel fluide,

D'où vient ce ciel qui s'est collé à mon surroi?

 

Ma solitude arrive donc à son solstice;

L'instant magicien a franchi l'équateur

Et l'Immobile règne. Une eau sourde qui glisse,

Et le clapotement des nuées; l'ardeur

 

Du bateau qui halète en marchant vers les îles,

L'air qui sent je ne sais quel arbre de là-bas;

De la cale jusqu'aux sabords, du bleu. Ca file,

Depuis quel siècle est-on parti? Je ne sais pas.

 

J'avais suivi, sur une carte imaginaire,

L'illimité. C'était neuf et cocasse, tel

Que mes devoirs d'enfant. C'est la même lumière,

La même latitude. Où sont mes archipels?

 

Ca tenait tout au coin du cahier, c'était rose,

Et ça bougeait le soir. Des noms gonflés de fleurs

Ou ressemblant à des oiseaux, voyelles closes,

Me racontaient la mer et le jeu des lueurs.

 

C'était le Pacifique aux escales géantes,

Pami des perroquets et des singes; c'était

La flore sans pareille et ses senteurs démentes;

Je mâchais du soleil lorsque je regardais.

 

Et voilà qu'il fait triste en deça du mirage.

Le bateau saigne en écartant mes souvenirs;

Si vivante est cette eau sans nul atterrissage,

Sous ce ciel aveuglant qui ne doit pas finir.

 

La croix et le sable, 1927.

 



30/11/2012
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