Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

La servante

La servante

 

           La nuit dans les oreilles,

Des flocons de silence entre les doigts, j'errais.

           Seul un bruit de corbeilles:

La maigre cousait dur, emboîtant le jour frais

           Dans ses mains sans pareilles.

 

           Celle-là? celle-là

M'a aimée à plein coeur, son geste de servante

           M'a tenu chaud, alla

Plus loin encor: j'existe. En me cueillant ses plantes

           La vieille que voilà

 

           Dut faire mille signes

Aux oiseaux, aux forêts, aux étoiles des bois,

           Pour qu'une grâce insigne

Lui fût distribuée. Humble, blanche et sans voix,

           J'ai dit merci. Ces lignes,

 

           Si tu les lis un jour

Femme, t'iront porter ces larmes qui m'étouffent;

           Prends-les, avec l'amour

Que tu n'as pas reçu. Le mien jaillit par touffes,

           Et s'enveloppe autour

 

           De ta coiffe, tes yeux,

S'accrochant à ta robe, à sa poussière même;

           Je voudrais que les cieux

M'entendissent pleurer, car je t'aime,je t'aime

           Comme un enfant très vieux

 

           Qui saignerait, sans mère.

Et dire que la vie est semblable, aujourd'hui,

           Qu'avril est sous la terre,

Qu'en dehors du silence ou d'un bonheur fortuit,

           Je suis là, sans lumière.

 

La croix de sable, 1927.



11/12/2012
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