Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Poème liminaire

Poème liminaire

 

Ma volonté fut d'un forçat. J'ai fait ce livre 

Avec mon sang. Voilà mon pain de chaque jour.

J'ai tiré sur ce ciel qui fut mon Hard-Labour

Et l'orgueil a lavé ma face. J'ai pu vivre

 

En deçà du bonheur par la toute-puissance

De ces mots flagellés. Des pleurs jusqu'au poitrail,

J'ai bâti ce poème, et, femelle en travail,

Les flancs lourds de soleil, arc-boutée au silence,

 

J'ai senti tressaillir ta force, ô solitude,

Enfantement qui va de l'homme jusqu'à Dieu,

Qui vous prend en travers de l'âme et peu à peu

Rend l'oubli plus alerte et les instants moins rudes.

 

Labeur dont j'ai senti la poigne sur ma nuque,

Quand l'immobilité, retraçant mes sillons,

Faisait sourdre du Verbe où nous nous appuyons,

L'allégresse des mots que la douleur éduque.

 

J'aurai vécu comme ces hommes des montagnes

Dont l'épaule a gardé la marque des saisons,

Qui marchent, en faisant sonner sous leurs talons,

La rude liberté et le soleil qu'ils gagnet.

 

Attelée à ma force et labourant les heures,

J'ai poussé la lumière avec une âpreté

D'aveugle, le front nu, face au ciel emporté,

Tous mes instants roidis vers l'effort qui demeure.

 

La croix sur le sable, 1927,

 



27/11/2012
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