Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Pour Pierre Guédy

Pour Pierre Guédy

L’homme dont il ne reste que le crâne, a dit:
Saigne et tu grandiras. La beauté n’est qu’un socle
Que la boue et les pleurs, humus du paradis,
Eclaboussent, laissant de larges cloques.

L’amant pascal a dit: mes yeux seront ouverts
En deçà du printemps que ta douleur blance:
Poursuis ta route à plein rêve. Ton univers?
Nous deux qui pleurons. C’est assez, je pense.

Ai pris ma jeunesse et m’en suis allée.
La vie a eu froid et mon coeur itou.
Que cherches-tu, petit, dans cette allée?
- Rien que mon bonheur, là-bas, tout au bout.

- Mais je ne vois rien qu’une croix qui bouge?
- C’est vent, monsieur, et moi tout autour;
J’ai planté mon bol dans la terre rouge
Pour boire en soiurdine à mon vieil amour.

 

L’homme qui déterre les crânes se balance
                  Sur une patte.
Il y a un rond de soleil dans le trou. Lance
                  Tes mains qui battent!

Lance la corde et ramène-moi mon trésor:
                  Le bout de la toile
Qui enveloppait son front. Cherche, creuse encor,

                   Le sol s'étoile

 

A force de pleurer. Va, ce n'est qu'un petit

                    Criant famine et qui supplie,

Et tu vois bien, monsieur, qu'il n'était pas parti

                    Pour de bon, puisque je plie.

 

   Notre amour dans un papier.

   Voilà. Je m'en retourne.

   Fossoyeur, il fait mouillé,

   Mais j'ai chaud, si chaud. Enfourne

Dans mon capuchon la terre de tes souliers.

Merci, l'homme, merci. Voilà. Je m'en retourne.

 

Le credo sur la montagne, 1934.



26/09/2012
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