Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Ayant franchi le cap

Ayant franchi le cap

 

Mon grand bonheur n'est pas d'avoir été aimée

                Prodigieusement,

Mais de battre en retraite, ayant dans la ramée

                Pris le ciel pour amant.

 

J'ai laissé sur la rive, à droite du mensonge,

                Mes dieux les plus chéris,

Et du pollen aux doigts, laissant traîner ma longe,

                J'apaise enfin mes cris.

 

La lumière, en rouvrant son vitrail sur ma vie,

                A poussé les volets;

Ma plus profonde joie et ma plus noble envie

                Sont ce que je voulais:

 

Accueillir le pardon comme une récompense,

                De douleur en douleur,

Avoir su demeurer en face du silence

                Nue ainsi qu'une fleur.

 

Quand la mort franchira l'appui de ma terrasse

                En me lançant sa clé,

Soyez là, mes petits, les oiseaux de l'espace

                Au vol immaculé.

 

Je me confie à vous, sachant que mon message`

                Vous rejoindra là-haut.

Ah! que l'homme, en tendant les bras vers le rivage,

                Entende mon credo.

 

Vous lui direz que j'ai eu faim, que j'étais belle,

                Que j'ai donné mon sang

Pour que la vérité nettoyât ta poubelle

                Dieu tout-puissant.

 

 

Le credo sur la montagne, 1934



19/11/2012
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