Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Conciliabule

Conciliabule

 

Délaisse le tabac, les faux amis,

L'ombre empesée, et à Dieu vat.

Le destin joue échec et mat,

Mais l'espérance a le poignet démis.

 

De l'air, de l'air, et à pleine gorgée,

Ce ciel bâtard manque d'oiseaux.

Vérité, reprends tes ciseaux,

Coupons les jours, mettons-les en rangée:

 

Les uns appartiennent à tous, en somme,

Du plus stupide au plus dodu;

Les autres, mais bien entendu

A soi: la part du lion, mon bonhomme.

 

Que nul ne les touche, ou gare la casse.

Vérité, ris donc de tout ton saoûl;

Mon esprit, sans dessus-dessous,

T'appelle, et tu fuis, essoufflant l'espace.

 

Ne t'époumonne pas, ma vieille, viens

Sur mes genoux; laisse-les donc

Cracher sans demander pardon:

Nous deux, petit, n'est-ce pas qu'on est bien?

 

Je t'ai consulté à bout de ressource,

Ton coeur est si pur, si prenant;

Mais tu vieillis, ma pauvre enfant:

Je reste jeune et remonte à la source.

 

Mais malgré toi, Vérité, le sol s'émaille

De mille fleurs. L'homme est à bout,

Mais la douleur a vent debout;

La patience prendra ses tenailles,

 

Et déboulonnant la stupidité

Et les sept péchés capitaux,

Fera pencher vos deux plateaux:

Lumière, amour, fils de l'éternité.

 

Le credo sur la montagne, 1934.



21/11/2012
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