Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Depuis...

Depuis...

 

L'heure a sonné si triste en moi!

         Chaque seconde

         Est tout un monde

Carillonnant dans mon effroi.

 

Entends-tu ce tic-tac farouche?

         Mon pauvre coeur

         Bondit de peur,

Car l'ombre flotte sur ma couche.

 

Des choses dorment dans leur coin;

         La nuit frissonne

         Et l'heure sonne,

Brutale, ainsi qu'un coup de poing.

 

Combien de siècles, pauvre femme,

         Pour arriver 

         A soulever

Le poids énorme de ton âme?

 

L'ennui frappe à coups redoublés

         Sur notre vie

         Où tout dévie

En tourbillons endiablés.

 

C'est lui qui va, creussant sa place

        Dans nos cerveaux:

        Profonds caveaux

Où tant de misère s'entasse.

 

L'heure agonise au balancier,

        Ecoute-la:

        Hop! me voilà!

Dit-elle, ainsi qu'un vieux roulier.

 

Déambulant dans la mansarde,

       Accrochant tout,

       Mettant debout

Un souvenir qui nous poignarde,

 

Elle va, se perdant au loin

      Dans du silence,

      Criant vengeance

Comme un implacable témoin!

 

Car nous avons fait la bêtise

      De trop souffrir

      Et de pourrir

Dans une éternelle sottise;

 

Nous avons bu, les yeux fermés,

      Le vin des larmes

      Et des alarmes,

Sans que nos coeurs en soient charmés;

 

Nous avons fauché nos tendresses,

      Tué l'amour,

      Ainsi qu'au jour

Lointain des faciles ivresses.

 

Tant pis pour nous s'il n'est plus temps

      De pouvoir vivre

      Sans que le livre

Marque un deuil à chaque printemps!

 

La chose n'est plus à refaire:

      Pour mieux douter,

      Sans hésiter

Nous avons fait le nécessaire.

 

Elégies (dans "Le jardin des dieux")



05/12/2012
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