Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Je me soumets

Je me soumets

 

Je me soumets. J'avais l'orgueil du pauvre diable

           Criant merci, mais en dedans,

A je ne sais plus qui d'ailleurs, à cette table

            Sans doute, lorsque mes dents

S'enfonçaient dans le pain, ce quignon-tabernacle

            Doré comme un coq de Houdan.

 

Je me soumets. J'ai rentré la faim dans mes granges

            Et j'ai tapé dessus, faut voir!

Crache le sang par tes naseaux, Douleur: les anges

            Sont là, te tendrent le miroir,

Non pour que Dieu recule et pour que rien ne change, 

            Mais pour ta volupté d'espoir.

 

Je me soumets, j'attends, je n'ai plus faim, j'espère.

            Faites-moi donc la charité

Des roses, doux Seigneur; elles sont pour mon père,

            Qui est au Maroc, à côté

D'une pipe, et sous terre s'il vous plaît: doux repère

            Quand rebondit l'éternité.

 

Croiriez-vous? c'est ma consolation cet homme

            Mort si loin!, ah! si loin de tout,

Comme je mourrai, comme nous mourrons tous, comme

            Cela doit être, car au bout

Du compte, mes enfants, que sommes-nous, que sommes

            Nous? N'est-ce pas, que sommes-nous?

 

Le credo sur la montagne, 1934.



19/11/2012
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