Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

La patience

La patience

 

Apanage légué par le Temps qui murmure

          Au coeur de la forêt;

L'arbre et la pierre, amants de la nature,

          Détiennent son secret

Par la Toute-Puissance qui rassure

          Et les tient en arrêt.

 

Exemple immémorial, sublime force

          Dont l'homme est le rameau.

O forêt millénaire, dont l'écorce

          N'est que le premier mot

De l'alphabet magique qui s'efforce

         De livrer son credo.

 

Soyons plus attentifs quand notre haleine

         Absorbe le soleil.

L'atome initial, dieu de la plaine,

         Des univers, pareil

A cette immensité, court, nous entraîne

         De réveil en réveil.

 

Est-il plus magnifique essor que l'arbre

         Auquel nous ressemblons?

Face au géant des bois, pilier de marbre,

         Nous qui nous envolons,

Tenons tête à l'espace qui se marbre,

         Du ciel sous nos talons.

 

Que la rosée offerte déracine

         Toute tendance au mal.

Humons dans le terreau l'odeur divine,

         Allant du minéral

Au règne insoupçonné. L'arbre devine

         Le grand songe pascal.

 

L'ascension des feuilles et de l'être

         Est semblable en tout point

A celle des astres. L'homme voit naître

         Ses bourgeons de très loin;

L'oiseau et Dieu, ne formant qu'un seul être,

         Se passent de témoin.

 

Quand je chemine à tes côtés, Lumière,

         Quand je cours comme un faon,

Pour dégager mon front de sa poussière,

         Suis-je bien ton enfant

Forêt du souvenir, vaste clairière

         Qui me tiens lieu d'écran?

 

Ah! si d'avoir pleuré fit mon visage

         Plus pur, plus radieux,

Qu'exigerai-je encor? L'âme est sans âge

         En présence des dieux.

Rester humble, en recevant ton message

         Nature; avoir tes yeux,

 

Ton souffle, ta candeur, ton enthousiasme,

         C'est assez, n'est-ce pas,

Pour abolir la mort, sans qu'aucun miasme

         N'altère mon repas

Dans la forêt des hommes, car mon spasme

         A élargi mes bras.

 

Le credo sur la montagne, 1934



27/11/2012
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