Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Le muezzin

Le muezzin

 

Le silence a dompté la terre;

         La ville plane;

La mosquée a repris sa pose de sultane:

    Et dort parmi les pierres.

 

             Est-ce l'aurore?

La nuit a déchiré sa chasuble d'étoiles;

Des flocons de clarté neigent sur le Bosphore.

Un bleu sourd a léché les felouques; les voiles

         Tirent sur les amares;

    Et, dans un clapotis de perles,

Sur un mode mineur, avec des gutturales

         Roses, le chant déferle,

         Ivre d'éternité.

 

               Splendide et pâle,

Portant son manteau blanc ainsi qu'une simarre,

        Le muezzin chante. La cité,

Ainsi qu'un vaisseau mort, tangue vers la lumière;

Et revoici l'instant unique où les terrasses,

Secouant leur rosée, avec lenteur délacent

              Leur robe de prière.

 

Constantinople

 

Les versets du Soleil, 1921.



30/09/2012
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