Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Les sept lune d'or

Les sept lunes d'or

 

Je me souviens d'un ciel aux convulsions bleues,

Et de sept lunes d'or louvoyant vers mon front.

Un astre s'embourbait à des milliards de lieues;

N'était-ce que la terre avec son gros oeil rond,

 

Ou cet amas bulbeux à tête de citrouille

Sur lequel mon regard revenait s'agripper?

Je me souviens d'un ange empoignant ma dépouille

A l'instant où la mort aurait dû me happer?

 

Comme un coursier du Sud qui hennit aux étoiles,

Mon âme a soulevé la poussière des nuits;

J'allais, buvant ce ciel qui coule dans mes moelles,

Car les lunes d'or, comme un vol qu'on poursuit,

 

Archipel du néant précipitant sa course,

Semblaient, flore inconnue, élargir les réseaux

D'un paradis tendu entre l'homme et sa source

Comme si l'univers entr'ouvrait ses naseaux.

 

J'ai parcouru, les yeux bandés, ce cirque énorme,

Parmi le cataclysme apaisé des soleils;

Un puits dressait sa courbe au seuil du chloroforme,

j'y roulai dans l'odeur de jardins sans pareils.

 

Encore un cercle étroit mâtiné de voyelles,

L'orbe d'un souvenir où le passé descend,

Et les sept lunes d'or, comme des caravelles,

Fuyant sous mon front vide, avec l'odeur du sang.

 

La croix de sable, 1927.



13/12/2012
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