Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Ma mansarde

Ma mansarde

 

Ma mansarde devient une chambre de bord,

Solidement ancrée à ce goût d'aventure

Qui m'empoigna depuis l'enfance. Nul confort,

Mais en revanche: une lucarne et sa voilure.

 

Or, ayant fait mon plein d'amour en relisant

Baudelaire ou tel dieu qui s'adorne aux murailles,

Que m'importent la faim, le froid, ces vieux brisants

Contre lesquels je viens buter quand je travaille.

 

L'heure est incomparable à force de clarté.

Comme on peut tisonner la vie et se défendre

Quand au creux du réduit plane l'éternité.

Le printemps qui va naître a soulevé la cendre,

 

J'entends craquer le coeur des arbres dans le vent;

Sous leur vêture d'ange, apaisant ma fatigue,

Mes souvenirs se sont blottis sur ce divan,

Et c'est moi qui les berce en renforçant leur digue.

 

Mais, Seigneur, d'où vient donc la voix qui n'en peut plus?

Tout mon courage cède en restant face à face

Avec ces murs sans nom, salle des pas perdus

Où j'attends à jamais sans ôser crier grâce.

 

Que sert d'avoir bâti ma chambre de marin

Si ma détresse, à l'arpenter, ne se résigne?

J'aurai beau maintenir l'horizon sous mes reins,

Il suffira que la lucarne ait fait un signe

 

Pour que l'espace, en affluant en moi, emporte tout

Sur son passage. Alors, quand l'escarcelle est vide,

Quand l'espérance, après avoir fouillé partout, 

Retombe en sanglotant vers l'âtre qui se ride,

 

N'est-il préférable, ô Christ portant ma croix,

De mourir sans bouger, les ailes étendues,

Sans plus rien désirer que ce sang dans ma voix,

Et cette immense amour dans mes deux mains tendues?

 

Le credo sur la montagne, 1934.



22/11/2012
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