Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Minuit s'incurve

Minuit s'incurve

 

Sur le cargo qui s'en allait je ne sais où

N'ai fait qu'un bond. Me revoici bien à ma place;

Le goudron et l'eau verte ont dû crever ma nasse,

Des poissons lumineux sautent par chaque trou.

 

L'homme au charbon refait le quart. Son torse ailé,

Savourant la distance et l'odeur des machines,

Fume. Minuit s'incurve et gonfle ses narines,

Le néant sur sa peau semble s'être collé.

 

L'homme et moi ne saurons jamais ce que contient

Ce silence qui bout. Nous détournons la tête,

Comme deux condamnés perdus dans la tempête:

Nos prunelles pourtant ont la douceur des chiens.

 

Et tandis qu'au hasard de la houle et du temps

Le cargo danse entre deux îles, la lumière,

Balayant chaque étoile où plongeainet nos paupières,

A fait éclater Dieu dans nos cerveaux d'enfants.

 

Le credo sur la montagne, 1934.



28/11/2012
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