Jeanne Dortzal

Jeanne Dortzal

Ou, nos vieux soleils?

Où, nos vieux soleils?

 

     Et si bleu l'instant,

Si atrocement bleu. l'angoisse,

     Comme un filament,

Adhère à l'âme et l'empoisse,

     Tuant la clarté,

Dressant comme une citadelle,

     Non l'éternité,

Mais le remords aux vastes ailes.

 

     Plus de chants d'oiseaux:

Le réveil sourd au bonnet d'âne.

     Dieu pointe ses os

Vers le bonheur qu'on trépane;

     L'archange fuit

Dans la rafale; la pensée,

     Pour donner ses fruits,

Lache son sang, mais par giclée.

 

     L'appel enfantin,

Le roucoulement vierge, l'ambre,

     La myhrre et le thym

N'envelopperont plus nos décembres.

     Où, nos vieux soleils

Et nos alertes embaumées,

     Où, nous deux pareils

Aux tas de feuilles enflammées?

 

     Pourriture et ciel,

Battement forcené d'étoiles,

     Mirage éternel?

Seigneur, ne hissez plus la voile,

     Tout est consommé:

Mon radeau de bois flotte encore,

     Mais si démâté:

L'aveugle attend toujours l'aurore.

 

Le credo sur la montagne, 1934.



26/11/2012
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